Texte
14. Une compétition qui consiste à se donner
 
     
 


Chers époux,

Je voudrais prendre comme thème des quelques mots que je vais vous adresser, le désir du bonheur chrétien. Tout le christianisme n’est rien d’autre qu’un message de bonheur. Et si vous vous rappelez le Sermon de la Montagne, qu’ensemble sans doute vous avez lu tant de fois, vous y trouverez ces très belles paroles du Christ notre Seigneur qu’il emploie au commencement. " Bienheureux " est le mot qu’il répète. Le Seigneur ne se fatigue pas de nous répéter dans ce Sermon ce qu’il vient apporter à la terre : béatitude, paix, bonheur, joie. C’est tout le message chrétien ! Et si nous regardons la vie de l’Église, qui est la réalisation du message du Christ, elle n’est rien d’autre que l’introduction de l’homme au bonheur divin. Le baptême nous rend fils de Dieu et nous introduit dans la vie divine, parce qu’il nous fait participer à cette vie de Dieu ; l’eucharistie, dont nous célébrons la fête aujourd’hui, n’est rien d’autre que la participation de l’âme au corps et au sang du Christ pour nous unir plus intimement à Lui ; et tous les sacrements ont ce sens : préparer l’âme à l’union avec Dieu, source de tout bonheur.

Et en quoi consiste le bonheur, mes chers époux ? Le Seigneur Jésus nous dit en quoi consiste bonheur chrétien : il consiste à se donner. Et c’est pour cela que Jésus nous dit : " Heureux est celui qui donne, plus heureux que celui qui reçoit " ( cf. Actes 20,35 ). Et si nous regardons Dieu, source de tout bonheur, Dieu est celui qui donne. Regardons la vie intime de la très sainte Trinité : le Père, qui est source de tout être et de toute joie, donne son propre être à son Fils, en l’engendrant de toute éternité, et le Père et le Fils, qui se connaissent, se donnent mutuellement dans un amour éternel qui est l’Esprit-Saint. Voilà la source de tout bonheur. Et ce Dieu très riche dans sa solitude, accompagné dans sa solitude, qui est la Trinité, ne se satisfait pas encore de ce don mutuel des personnes et décide de créer, et crée le monde par amour. Et tout ce que nous voyons n’est rien d’autre que le don de Dieu, nous-mêmes sommes un don de Dieu, et le monde entier est un don que Dieu nous fait.

Cette loi du bonheur, chers époux, est la loi de la joie chrétienne dans le mariage, c’est pourquoi je vous donne la norme qui s’en suit : donnez-vous, mutuellement, l’un à l’autre. Le mariage chrétien est une compétition dans le don de soi-même.

Le bonheur a une seule norme : se donner, se donner soi-même, et pour cela, s’il arrive dans votre vie ce qui arrive dans toute vie, aussi belle qu’elle soit, aussi noble et généreuse qu’elle soit, si parfois un petit nuage vient troubler le soleil de l’amour, dépêchez-vous d’être le premier à donner le pardon à l’autre, à souffrir pour l’autre, à prier ensemble, la nuit, lorsque tombent les dernières lueurs du jour, recueillis dans la prière, et déposez aux pieds du Christ les souffrances de la journée, en souhaitant tout spécialement le bonheur de l’autre.

Chers époux, dans un foyer chrétien, dans un foyer béni par le bonheur chrétien, les enfants sont désirés, les enfants sont demandés, les enfants sont attendus, et pour les enfants on souffre dès maintenant, dès maintenant un trésor s’accumule pour eux ; plus que de biens matériels, un trésor de vertus, un trésor de grâces, un trésor de prières, pour que lorsqu’ils arriveront en ce monde, ils soient riches de la richesse spirituelle de leurs parents. Et les enfants, aussi nombreux que soient ceux que Dieu voudra vous donner, je suis certain, mes chers époux, qu’ils n’épuiseront pas ce désir que vous avez de vous donner.

Au-delà de votre foyer, il y a ceux que dans votre vie de célibataires vous avez tant aimés, les pauvres, ceux qui souffrent, ceux qui connaissent la souffrance ; et aussi le bien commun, la patrie. Rien de cela ne doit cesser dans votre vie de mariés, chers époux, mais, au contraire, vous devez être plus forts et plus généreux pour prolonger vos efforts en direction de ces oeuvres. Vous ne serez pas seuls maintenant pour travailler, mais vous serez accompagnés ; et si la tâche est difficile, ingrate et par moments décourageante, vous disposez maintenant d’une force nouvelle dans votre amour mutuel. Vous trouverez aussi une force nouvelle en ces enfants qui viendront vous soutenir dans ce que vous faites pour le bien des autres, parce que vous allez leur léguer cette belle tradition d’une vie qui ne se consume pas egoïstement entre les murs du foyer, mais qui prétend uniquement se donner comme Dieu se donne. Je vous disais en commençant que Dieu se donne, que Dieu est un don permanent.

Chers époux, dans votre vie de célibataires, il y a quelque chose qui vous a toujours encouragés ; que cette même réalité vous encourage dans votre vie de mariés : Jésus, l’exemple du don de soi. Lisez ensemble les pages de l’évangile, ne cessez jamais de les lire. Souhaitons que dès votre première nuit de mariage, vous les lisiez ensemble. Ces belles pages, dans lesquelles vous rencontrerez l’exemple de la vie de Dieu, qui a tant aimé le monde qu’il nous a donné son Fils unique (cf. Jean, 3, 16) et, ce Fils unique de Dieu, qu’a-t-il fait sur la terre si ce n’est donner aux hommes ses paroles, leur donner ses exemples, leur donner sa vie ? Lorsque’il n’eut plus rien à donner, il leur donna sa propre Mère ! Et avant de prendre congé de nous, il nous a laissé comme suprême souvenir celui que l’Église célèbre aujourd’hui : le don de son propre corps et de son propre sang, pour que son propre corps et son propre sang soient l’aliment spirituel de nos âmes.

Et avec Jésus vous avez la Vierge, la douce Mère Marie, qui préside cet autel. L’autel devant lequel vous êtes venus tant de fois ensemble recevoir le corps eucharistique de Jésus. Elle, votre Mère, vous regarde de l’autel béni, elle vous regarde du ciel et vous augure toutes sortes de bénédictions pour votre nouveau foyer. Et pour cela, Teresa, le chapelet que tu tiens dans tes mains, égrène-le chaque nuit avec ton mari, et demain avec vos enfants et, souhaitons-le, avec les pauvres qui entourent votre maison. Et à la Mère du bel Amour, à la douce Vierge Marie, dites-lui cinquante fois : " Prie, Mère, pour nous, maintenant et à l’heure de notre mort ".

Je suis certain, mes chers époux, que ces désirs commencent déjà à se réaliser, parce que ce bonheur chrétien que l’on vous souhaite, je suis certain qu’il inonde déjà vos coeurs : il explose dans vos âmes.

Nous vivons à une heure du monde où les hommes semblent avoir perdu la confiance en eux-mêmes, la confiance dans la possibilité d’être heureux. Qu’ils voient dans votre foyer que le bonheur est une réalité, que le bonheur est don de Dieu sur la terre, que ce sont les âmes de bonne volonté qui en jouissent, comme vous, et que peuvent être heureux tous ceux qui mettent leur bonheur en Dieu. José, je suis certain que tu désires dire à Teresa ces mots du poète chrétien qui disait à son épouse : " Viens, âme vierge, répondre à l’appel amical d’une âme d’homme qui t’attend impatient, parce qu’il pressent qu’avec toi viendront la pudeur de la vierge candide et le chaste amour de la loyale épouse ".

 
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