Texte
30. Seul et incompris
 
     
 

Réflexion personnelle écrite en novembre 1947

Je suis seul, bien seul cette fois-ci, au milieu des autres. Personne ne me comprend. Les meilleurs amis ont manifesté leur opposition... frontale. Tous les projets risquent de s’écrouler. Le ciel est complètement noir.

Je suis seul. Complètement seul. La porte vient de se fermer après la dernière conversation douloureuse. Le dernier ami est parti, après s’être brutalement dressé contre moi.

Et cependant il serait nécessaire, pour réaliser l’oeuvre commencée, que nous soyons ensemble, tous les amis, en profonde communion. On avançait à peine ; à tous moments, le naufrage paraissait imminent.

Je suis seul, bien seul. Et voici que Dieu entre, embrasse l’âme, la soulève, la confirme, la console et la remplit. Je ne suis plus seul. Et les autres reviendront aussi, sans trop tarder, et n’abandonneront plus le dur travail. Le navire ne fera pas naufrage. Nous allons reprendre le travail doucement, recommencer à écrire, à lire, à corriger. La vie est encore belle et Dieu est là.

À ces moments-là rentre dans ta chambre.

Ta chambre est un désert. Entre le plancher, le plafond et les quatre murs, il n’y a que toi et Dieu. La nature qui entre par la fenêtre ne trouble pas ton dialogue avec Lui, elle le facilite même. Le monde ne compte pas pour toi, ferme-lui la porte, à clef, pour une heure. Recueille-toi et écoute. Dieu est ici. Il t’attend et te parle.

C’est ton Dieu, grand, beau, qui te réconforte, qui t’illumine, qui te fait comprendre qu’Il t’aime. Il est prêt à se donner à toi si tu veux bien te donner toi-même. Accueille-Le, ne Le rejette pas. Ne Le fuis pas, Il t’attend et Il te parle.

C’est l’heure qu’Il avait choisie, pour te rencontrer. Ne t’en vas pas. Écoute bien. Tu as besoin de Lui, et Lui aussi a besoin de toi pour son oeuvre, pour faire, grâce à toi, le bien à tes frères. Il va se donner à toi généreusement, de coeur à coeur, dans cette solitude.

Parfois, ton désert c’est ta chambre, mais de Dieu tu as toujours besoin. Comment te recueillir intimement avec Lui, comme les apôtres qu’Il invita au désert pour leur donner plus d’intimité ?

Ton désert, c’est la volonté de ne jamais trahir ; c’est ton recueillement en Dieu ; c’est ton espérance indéfectible. Ton désert, tu n’as pas besoin de le chercher loin des hommes, tu le trouves partout si tu cours vers Dieu, dans le tram, sur la place, comme devant l’immense assemblée qui attend ce que tu vas lui dire. Ton désert, c’est ta séparation du péché ; ta fidélité à ton destin, à ta foi, à ton amour.
 

 
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